Pas à pas

           J’aime marcher à travers ma ville natale. Ici j’ai le temps, je prends l’opportunité de me déplacer à pieds.

À chaque pas un souvenir m’attend. Là c’était la maison d’une amie à moi; nous jouions au badminton dans la rue devant son immeuble. Nous avions toujours le temps de nous ramasser quand une voiture arrivait. À présent la rue est bordée de voitures et quand elles tournent en arrivant de la grande rue à côté elles roulent vite. 

Plus loin, en avançant vers le centre ville, il y avait une boulangerie avec un boulanger un peu particulier – il était complètement chauve, caustique et jamais de bonne humeur. Plus tard le magasin était devenu une centrale du ski. Maintenant il renaît de ses cendres – longtemps fermé, il est en travaux. 

Enfant, jeune fille en passant par ces lieux j’observais chaque recoin, chaque tranche du parcours. Je voyais l’arrivée des oiseaux dans les jardins, les arbres qui se vidaient de leurs feuilles, les perce-neiges pointant leur têtes sur la couche d’une vieille neige, les nouveautés – les panneaux, les corbeilles à déchets fraîchement installés, les nouveaux projets prenant forme de constructions, clôtures, bancs publics. Même les voitures inconnues qui stationnaient là où je connaissaient toutes les voitures des riverains. Et même les incivilités – une marque dérangeante d’un changement apparu brusquement.

En m’éloignant de mon quartier les vécus qui émergent et me sollicitent ne sont pas rares non plus. Comment peuvent vivre cela ceux qui sont restés sur place ? Sont-ils habités par la nostalgie constante ou au contraire sensible à la malléabilité de chaque jour ? Ne leur est-il pas difficile d’être créatif dans leur vie, puisque chaque souvenir pèse sur l’autre et alourdit la vision de l’ensemble ? 

La vie est remplie d’adaptations et d’acceptations à moins d’être l’acteur du changement et d’esprit inventif. Certains cherchent l’inspiration dans d’autres cultures et savent utiliser les fruits de leurs observations et apprentissages.

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        J’ai accompli mes études à l’Université À.Mickiewicz à Poznań, ville éloignée de ma ville natale de 350km. Une fois par mois j’avais  l’habitude de rentrer chez moi pour un week end. Ce déplacement était long et fatiguant. Le train parcourait la distance en 7 à 8 heures. One way. Je partais de Poznań après les cours vendredi et rentrais tard dans la nuit dimanche. Si, à ce moment-là, quelqu’un m’aurait dit qu’un jour je rentrerai à ma maison natale en avion je ne l’aurais pas cru. Je n’envisageais aucun changement pour mon pays ni pour le système dans lequel nous vivions. Le monde était divisé et c’était ainsi. Le monde catégorisait les peuples et leurs couleurs et c’était ainsi. Nous avions chacun notre place et on pouvait la changer uniquement par chance, par la malice personnelle ou par la grâce supérieure inexpliquée. Un mouvement général et progressiste du monde n’était pas envisageable par mon esprit. D’où venait cette schématisation ? Quel enseignement ne me permettait pas d’apercevoir l’ouverture, la liberté et l’omniprésent mouvement vers le tout possible ? Est-ce qu’à présent la libération des pays communistes, la poussée vers le changement dans les pays arabes, l’effacement des frontières, la mixité de la population mondiale, les voyages qui se développent, ne pourraient être un signe d’espoir pour ce qui souffrent dans leurs pays de persécution et d’incompréhension de leurs aspirations ? 

Main dans la main le monde change de visage, les cultures s’enrichissent l’une de l’autre, les populations s’éclairent, les valeurs se peaufinent. Nous pouvons tous nous sentir les vecteurs du changement. Chaque action juste compte. 

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