L’été au naturel – la Finlande

Lundi

Kajanokka – kataja-nokka ou katajan-okka ? » Kataja » signifie  « genévrier » en finnois,  » nokka » – « le bec », « katajan » est la forme possessive de « kataja » et « okka » pourrait venir du mot « oksa » qui correspond en français à «la  branche ». Reprendre la langue qu’on a mise de côté pour un certain temps. Trente ans après mes études de finnois et dix ans de non utilisation, je vois la langue d’un autre œil. Cette nouvelle vision me paraît très créative.  C’est un cadeau de pouvoir changer comme cela de l’approche. Merci mon cerveau !

Je retourne en Finlande après dix ans d’absence dans le pays. Avant, mes voyages étaient plus fréquents – pendant mes études – un voyage par an, chaque été. Plus tard  – une fois par an, voire tous les deux ans. Ça me permettait à me tenir au courant de la vie qui va. Mais le monde est grand ; ni ma bourse ni le temps (restreint)  ne me permettent pas d’être partout. Donc c’est un retour à Helsinki après 10 ans de choix d’un break dans ces voyages. Et un challenge de revoir tous les lieux que je fréquentais, que j’ai aimé. Vaste programme.

La capitale de la Finlande, Helsinki, n’est pas immense en soi. Il est facile de parcourir le centre en une journée. Si on veut voir le plus important. Mais mon but est aussi de m’emparer de l’ambiance de la ville, de flâner, d’y vivre, de me mêler à la population, de l’observer. C’est ainsi que le voyage s’imprime puis s’exprime dans les souvenirs. Je veux remarcher sur mes pas et enregistrer les changements. J’étais proche de ce pays dont j’étudiais la langue et la culture. J’aimais bien y vivre, y travailler. Alors raison de plus.

Il y aura aussi des nouveautés, j’en suis sûre et je veux en profiter. Je veux m’étonner de ce qui a évolué et de ce qui a été inventé. J’aurais peut -être une inspiration ?

Jadis, j’arrivais à Helsinki par la mer, depuis ma Pologne natale. Quel moyen magnifique pour savourer la rencontre. On voit le cœur du centre-ville, avec la cathédrale, Tuomiokirkko, de loin. Sa coupole blanche caractéristique se dessine dominant les bâtiments importants – le palais présidentiel, l’université, l’hôtel de ville. Et quand on regarde légèrement à droite on aperçoit une autre église – la cathédrale orthodoxe Uspensky, quasiment à la même hauteur que l’église luthérienne.

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Tuomiokirkko Helsinki Finlande

Helsinki, la perle de la Baltique… Pour se régaler de cette vue imprenable sur  le cœur de la ville depuis la surface bleue de la mer, on peut se laisser tenter par une visite de la forteresse maritime Suomenlinna ou Viapori. Construite sur six îles au large d’Helsinki elle est atteignable par des petits bateaux de transport municipal qui partent en mer près de l’hôtel de ville. Elle est classée sur la liste du patrimoine mondial par l’UNESCO et se visite en partie. L’île principale se prête bien aux balades et au piquenique. Il y a aussi régulièrement des représentations du théâtre d’été, théâtre de plein air – une tradition bien finlandaise et mignonne. Les Finnois évoluent beaucoup dans la nature, que ça soit l’été ou l’hiver. Pas étonnant qu’ils y placent également les attractions et le temps des loisirs.

Comme cette fois-ci, j’arrive en Finlande par avion, je verrai le centre de la ville de son côté commercial d’abord, avec ses rues principales – Mannerheimintie, Aleksanterinkatu, Pohjois Esplanadi. Cette opportunité me réjouis aussi. Ces artères, que j’ai longuement piétinés – étant étudiante j’ai travaillé dans une bibliothèque en plein centre-ville –  remplies de magasins, boutiques, fast food, bureaux, hôtels, cafés, s’ouvriront à mes yeux dans leur décor contemporain. J’aurais peut- être des surprises ?

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Pohjois Esplanadi côté parc

Notre avion arrive peu avant minuit et cette heure nous permet de savourer l’ambiance typiquement locale, dès les premiers pas sur la terre du nord. ‘La nuit sans nuit’ (‘yötön yö’ comme disent les Finnois) se passe en ce moment-même. En cette fin de mois de juin le soleil se couche vers 23h donc à minuit il ne fait pas encore nuit. J’apprécie  revoir les alentours de l’aéroport de Vantaa, couverts de sapins et de bouleaux, et tellement verts de l’herbe et de plantes sauvages qui poussent partout. Maintenues en approximatif ordre mais dans leur expression de liberté et d’épanouissement estival, elles créent une ambiance bucolique et harmonieuse. Voilà, ça donne l’impression qu’ici l’homme vit en  harmonie avec la nature. Ce qui est totalement vrai.

Avant de me coucher je regarde par la fenêtre de ma chambre et la vue du carré de forêt en guise d’horizon me remplit de quiétude et de sérénité. Voilà la Finlande que j’aime et que je n’ai pas oubliée. Le  paradis retrouvé.

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« De très beaux moments »

Mardi

Le soleil, la mer, les vacances et Helsinki. Le quatuor gagnant ! Quelle belle journée nous avons pu avoir ! J’ai profité de chaque moment. Entre la visite de Musée du Design Finnois – Taideteollisuus ja Designmuseo ,  la promenade à vélo à travers le majestueux et ancien quartier d’Ullanlinna jusqu’à Kaivopuisto –le magnifique parc semi-sauvage bordé par la mer. Sous le soleil éclatant, avec une fine brise marine et peu de trafic – comme toujours ! Cela donne le temps qu’on veut pour régaler nos yeux de bâtiments de style Jugend, aux corniches stylisées et façades colorées, si typiques d’Helsinki.

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Huvilakatu –‘la rue des villas’ – l’apogée du chef d’oeuvre, et nommée la plus belle rue de la capitale, m’a encore laissé une impression de côtoyer des maisons des Moumines  en version de pierre. Le style froid et monumental du granit utilisé est allégé par la couleur et les ornements des façades. Et par les décors soignés dans les fenêtres. Un régal.

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Huvilakatu Helsinki

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Huvilakatu Helsinki

Le Musée du Design Finnois est un endroit que j’aime beaucoup. Il est l’expression même de la Finlande, du caractère de ses habitants, de leur tendance naturelle vers la création du beau, du fonctionnel, du durable,  d’écologique. Le design finnois est mondialement connu et les objets qui voient le jour grâce aux designers talentueux sont d’une grande qualité et très convoités. De telles marques que Marimekko – textiles, vêtements et objets en textile, Aarikka – objets, jouets et bijoux en bois, Kalevalakoru – bijoux, Arabia – porcelaine, Iittala – objets décoratifs et fonctionnels en verre, Artek – mobilier, Pentik – poterie, se trouvent dans beaucoup de maisons finlandaises et chez des connaisseurs dans le monde entier. Il est de bon goût en Finlande d’être en possession des objets fonctionnels finnois et on les utilise pour la fête comme au quotidien. De tels pays que le Japon, les Etats Unis et le Canada comptent les collectionneurs les plus fidèles des objets d’arts appliqués.

Parmi la vaisselle finlandaise exposée au musée, j’ai  trouvé le modèle du couvert Scandia crée par Kaj Franck en 1950 que je connais très bien ! En effet nous avons  acheté  le même il y a une vingtaine d’années en Finlande ! Me voilà aussi rangée parmi les collectionneurs du design finnois.

Nous avons donc pu faire notre longue balade rapidement et sans trop de fatigue grâce aux vélos publiques– une nouveauté pour moi. A l’époque où  je travaillais à Helsinki on s’arrangeait avec les amis Finnois pour leur emprunter leurs vélos. J’ai  sillonné régulièrement le centre sur deux roues car les déplacements en tram ou bus étaient prohibitifs pour mon porte-monnaie. Mais cette fois-ci c’est beaucoup plus simple –d’abord s’enregistrer  sur le site https://www.hsl.fi/en/citybikes et bien lire les détails expliquant comment prélever et déposer le vélo.  Une fois en ville on prend le vélo où on veut et on le rend où on veut et cela ne coûte que 5€ par jour si on fait des trajets ne durant pas plus de 30min. Alors on croise les doigts pour trouver de la place sur les stands (pas toujours bien grands) sur lesquels on veut déposer et on sillonne. D’autant plus que le trafic à Helsinki n’est pas dense, la surface de la ville assez plate donc le déplacement à vélo ne rime pas avec un stress. Et comme l’eau bleue et la verdure verte surgissent çà et là en ville c’est franchement une partie de plaisir. Ainsi nous avons pu retourner à l’emblématique Kaivopuisto – le parc le plus célèbre de la capitale et y faire la pause du midi sur les roches glacières millénaires. C’est ici, près de » la tour des étoiles » (‘Tähtitorni’) que a lieu chaque 1er mai le gigantesque piquenique de la fête du travail ressemblant davantage à la fête du printemps qu’au meeting politique. Des milliers de Finnois coiffés de ’lakki’ – ‘la casquette des bacheliers’ (qui est le symbole de la possession du baccalauréat finnois), fêtent, en sirotant le ‘sima’ (genre de bière pauvre en alcool), l’arrivée du printemps et des jours longs.

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City bike à Helsinki et Musée du design en arrière plan

 

En passant -un bonjour aux oies de bernache qui squattent le parc en ce début d’été,  une flânerie le long de la rive et un café – le must – chez Ursula – un vieux café/salon de thé helsinkien, ouvert au milieu du 20eme siècle sur une plage rocailleuse de la mer Baltique face à Kaivopuisto.  Une journée bleue comme l’eau, verte comme l’herbe et jaune comme le soleil….

« Les pierres sont éternelles et les promesses déposées en elles sont scellées jusqu’à l’éternité. »

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Vue depuis la promenade de Merisatamanranta

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Le quatuor gagnant 🙂

*************

‘Dans la librairie Akateeminen Kirjakauppa (‘la librairie de l’académie’) il a soigneusement déployé son corps volumineux dans un des fauteuils de la rangée. Il a ôté ses baskets fatigués et a laissé ses chaussettes prendre l’air. Plongé dans la lecture d’un des livres remplissant les rayons alentours, il savourait son temps. « Lukeminen tekee lomasta loman » – « La lecture fait des vacances les vacances » -disait l’affiche accrochée face à l’entrée.’

Akateeminen c’était un monde magique des livres qu’on a envie de lire. Tous. Non seulement ceux en finnois mais aussi ceux en anglais et même ceux en suédois alors qu’on ne connait pas la langue. Des rayons de livres à perte de vue, des présentoirs bien remplis et attrayants. Et puis le secteur de la presse avec journaux, magazines, revues. J’ai toujours aimé lire et cette librairie aiguisait mon appétit pour la découverte des histoires dans les langues que j’étudiais. La nouvelle visite me révèle que les livres en Finlande sont toujours édités dans d’épais couvertures cartonnées ce qui me surprend quand je pense aux éditions françaises populaires – Poche, J’ai lu, et d’autres qui font plutôt l’économie du papier.  Pas étonnant que le livre soit cher en Finlande et que les bibliothèques comptent beaucoup d’adhérents. Ici quand le soleil reste caché, quand les soirées sont longues et fraîches le bon livre est toujours un bon compagnon.

Tout près d’Akateeminen sur la Pohjois Esplanadi (‘L’Esplanade du nord’) un kiosque nous sollicite pour un cornet de glace. Cette esplanade qui mène vers kauppatori (‘le marché’) et le port sud d’Helsinki (‘etelä satama’) est séparée de sa sœur jumelle Etelä esplanadi (‘L’Esplanade du sud’) par un square remplis de monuments, de vieux arbres, de la musique et des promeneurs. Un lieu « must » à Helsinki. Un lieu de tradition et d’avant-garde, là où la ville vit – pulse, se réjouit, se rencontre … et boit en cachette. Espan lava – ‘la scène d’Espa’, près du monument de Havis Amanda (la « sirène » d’Helsinki) est témoin d’émergence de nouveaux groupes du rock finnois, permet de swinger  en open air, d’écouter de nouvelles stars de la chanson finlandaise ou étrangère et de constater que la musique…. c’est vaste comme domaine. Et c’est durant tout l’été, et peut être plus tard encore, chaque après- midi. Mon lieu de bons souvenirs et de si appréciés – concerts gratuits.

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Un détail du monument d’Havis Amanda

Après le concert une visite sur le premier marché d’Helsinki s’impose. Il se tient, toute la journée en été,  sur la place du marché tout proche. On s’étonnerait de ne pas voir les helsinkiens  quitter le lieu leur cabas et sacs remplis ; ce marché est davantage une curiosité et un espace de promenade qu’un lieu pour faire ses emplettes. A part pour le poisson – frais, magnifique et de grand  choix, et les légumes/fruits du pays. Du coup quand on annonce aux convives « je l’ai acheté ce matin au marché » l’estimation de la qualité monte de 10 crans. Les Finnois sont très « patriotes » et adorent acheter ce qui vient de leur pays.

Donc on se promène parmi les étales en dégustant direct du sachet les fraises senga sengana ou des petits pois crus ‘extra doux’ ou des myrtilles sauvages – qu’on peut d’ailleurs trouver soi-même à ramasser et ce dans l’enceinte de la capitale. On va aussi au marché pour prendre ‘kahvi ja munkki’ (un café et un beignet) ou ‘kahvi ja lihapiirakka’ (un café et un beignet à la viande) et pour savourer la vue sur le port sud, les îles au loin et la ligne de l’horizon…. qui cache mon pays natal –la Pologne- juste de l’autre  côté de la Baltique.

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Mercredi

Il est 4h44 sur mon téléphone le jour est déjà clair. J’entends des sabots dans la rue, c’est ça qui m’a réveillé.  Je me précipite à la fenêtre ne croyant mes oreilles ; un fiacre tourne dans la rue voisine. Au coin de la placette vers laquelle débouche ma rue un couple d’amoureux, entièrement de noir vêtus, dans une longue étreinte. Autour pas un chat, tout est calme. Je tourne ma tête – de l’autre côté de la rue, là où ça mène vers la mer, une légère brume est en train de se lever. Elle voile déjà les toits des bâtiments plus bas. Une cycliste passe ; au lieu d’un casque elle a mis une bombe… Mon monde de ce matin sort du livre de Tove Jansson ou peut être d’un drame d’August Strindberg …

Tove Jansson… Cette finlandaise qui m’est chère comme si c’était une amie, une personne que j’avais rencontrée. Et pourtant je n’ai pu la voir que dans des reportages et l’apprivoiser à travers ses livres – la série sur les Moumines et ses autres livres, dont une bonne partie est  traduit en français. Il y a de ces personnes qui marquent la vie et l’esprit.  Pour moi c’est avec elle que tout a commencé – la Finlande, la philosophie de  vie finlandaise qui a fait écho en moi, ensuite mon intérêt pour le pays et sa culture et plus tard pour sa langue. Je suis heureuse que grâce à une de mes amies finnoises – Tuija – fidèle fournisseuse d’articles, d’enregistrements, de dvd sur le sujet de cette grande dame j’ai pu la connaître davantage.

******

Pour ramener des souvenirs de ce voyage je décide de faire les boutiques de produits finnois. Après le lèche vitrine chez Arabia et Iittala mon choix tombe sur Marimekko. C’est ma marque finlandaise préférée. Je vais passer un super moment en glanant des occasions. Ça tombe bien – c’est le moment des soldes. Bon, les prix ne sont pas donnés mais le fait que ça soit les soldes adoucit un peu la donne. Il y a un peu de monde dans la boutique de Marimekko sur Pohjois Esplanadi et en plus une équipe japonaise de journalistes en train de faire un reportage. Cela ne me dit rien de passer à la télé au Japon alors j’essaie de fuir la camera. Je découvre ainsi des rayons cachés dans les méandres de la boutique. Ils ont plein de beaux produits qui me chatouillent les yeux – en commençant par des vêtements d’été mais qui chez nous passeraient pour des vêtements de  la mi- saison – en Finlande il peut faire un peu frais en été – donc à manches longues. Aussi de superbes imperméables à fleurs ou à petits motifs. Bien plus originaux que ce qu’on trouve chez nous. Dans un autre rayon c’est des objets en textile – j’adore les sacs à mains et autres cabas par Marimekko. Je me suis déjà achetée un sac à bandoulière dans le motif ‘unikko’ (‘pavot’) sur internet. C’est un des motifs fétiches de Marimekko –  à Helsinki il y a même des tramways habillés d’unikko ! Cette fois-ci, je craque sur une bourse à bandoulière, toujours en motif ‘unikko’, qui pourrait très bien contenir le ‘juste ce qu’il faut’ – un portable, un mouchoir, quelques pièces. Et j’y ajoute un parapluie pliant. Voilà mes souvenirs tangibles de Finlande !

On continue la journée par la visite d’un grand centre commercial sur Mannerheimintie – le Forum. Pas de surprises ici, ça ressemble beaucoup aux centres commerciaux en France ou dans d’autres pays d’Europe. Sauf qu’il y a des boutiques de marques finlandaises comme Seppälä pour les vêtements, Alepa pour la nourriture ou des boutiques des marques scandinaves – Björn Borg, Gudrun Sjöden. Une autre boutique de Marimekko ici aussi.

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Pas très loin du Forum – de l’autre côté de la Mannerheimintie et en voisin du grand bureau de poste, s’est installé un nouveau musée que je ne connais pas encore ; Kiasma–  le musée d’art contemporain d’Helsinki. Il est la propriété de l’État finlandais et il est un des musées le plus visitées du pays. Rapidement nous nous apercevons qu’il est non seulement moderne mais d’avant -garde. Entre l’expo d’un artiste brésilien Ernesto Neto confectionnant des tentes crochetées d’inspiration d’indiens indigènes et le jovial artiste coréen qui expose des ustensiles quotidiens en plastique rassemblés en chaînes et guirlandes, nous passons un très bon moment dans ce lieu d’architecture épurée et éclectique. Pur bonheur pour les sens.

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Kiasma

…et son oeuvre

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Exposition d’Ernesto Neto à Kiasma

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Jeudi

Les noms des lieux et des quartiers d’Helsinki sont romantiques : « le château d’Ulla », « Ile du Sorbier » « La Baie d’herbe », « La colline des noisettes »,  « La Vallée », « Le crête alpine », « Montagne Rouge » « La Péninsule du Crochet » « Le Pays de Dieu de la Forêt » Ça laisse de l’espace à l’imagination.

Ce matin le soleil est au rendez-vous alors direction Kaivopuisto et la promenade de Merisatamanranta (la côte du port de la mer). De là, on peut partir sur les îles qui bordent Helsinki. On a choisi la plus proche – Uunisaari (L’île du four) parce qu’on ne la connaît pas. Moi, je l’ai déjà contemplé maintes fois. On la voit très bien depuis les roches de Kaivopuisto. En face de l’île, de côté continent se trouve ‘mattolaituri’ – « la jetée du lavage des tapis ». Ces Finnois ont des habitudes anciennes encore bien vivantes – une coutume est de venir l’été laver ses tapis dans l’eau de mer et au savon du pin. De longues tréteaux sont installés sur la jetée, on y étale son tapis puis on le traite de l’eau de mer, du savon et de la brosse. Trempage et rinçage dans l’eau de mer directement. Le savon est écologique donc personne ne s’offusque. Le savon à base du pin est naturel. Les tapis finnois sont tissés en gros fils de coton d’où la nécessité du lavage à l’eau. La coutume date du siècle dernier et n’est pas prête à disparaitre. En tout cas c’est sympa d’observer les gens la pratiquer encore aujourd’hui, s’acharner sur la propreté de son tapis en pleine air et au centre de la capitale. Enfin, ça fait une sortie d’été aussi. Ouverture de 9h00 à…2h00 dans la nuit. Ce qui est étrange c’est qu’il y a toujours de la place pour tous les écolos de nettoyeurs et que personne ne rouspète qu’on n’a pas droit de se garer juste devant la jetée pour déballer et ramasser son tapis. Pourtant gorgé d’eau il doit être bien lourd. Voyez-vous, les Finnois c’est un peuple discipliné !

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On va sur Uunisaari en petit bateau depuis le quai entre Merisatamanranta et Ehrenströmintie. Il y a plusieurs îles dans le secteur – Pohjoinen Uunisaari, Etelä Uunisaari, Harakka, Liuskasaari, Siraplesaari, Lituskaluoto. On se prépare à UNE traversée quand le bateau démarre en fanfare mais à peine il prend l’élan qu’on est arrivé. L’île se trouve à 5 minutes de la côte. Peu importe, dès qu’on y pose ses pieds s’est un dépaysement. L’île est une roche grise, couverte de verdure, sauvage, pure et propre.

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On se croit loin de l’agglomération alors qu’elle est au bout du bras. L’eau de mer fait des petites flaques dans les creux de la roche, des miroirs de poche naturels, les rayons de soleils caressent les fleurs qui sortent leurs têtes partout où une tâche de terreau fertile se trouve. On voit des ferrys et des bateaux passer à quelques mètres de l’île. On peut descendre à pieds sur les îles voisines – Etelä Uunisaari et Liuskasaari. On peut se réchauffer ou mettre la tête au vent sur les roches qui font face à la pleine mer. Il y a une plage de sable avec une petite crique ombragée. On peut piqueniquer et on peut aussi commander un cornet de frites au restaurant. C’était notre choix. Un petit café par-dessus et voilà qu’on profite du terrasse version été avec des parasols et le salon du jardin. Ils ont même prévus des plaids pour des journées plus fraîches. Ihanaa !

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Uunisaari

 

Le retour sur la terre ferme est des plus originaux – « Quand vous en avez assez, vous lever le bras et j’arrive pour vous ramener » -nous a expliqué le capitaine. Mais non, pas VOTRE BRAS, mais le bras en bois sur le quai. Visible depuis la terre il indique au bateau qu’il y a des passagers pour la traversée. Ça y est, le tour est fait.

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Vendredi

Peut-il y avoir une visite à Helsinki sans une visite à Seurasaari ? Le nom de cette île on peut traduire comme ‘du comité‘ ‘de la socialisation’ et en effet c’est un lieu où on socialise devant des concerts et des spectacles de danses folk de Finlande, où on plonge dans les racines du pays. Seurasaari c’est aussi un lieu de la tradition et de la culture de Finlande. L’île regroupe des anciennes maisons et bâtiments venant de tout le pays, parfois garnis du mobilier, des ustensiles du quotidien,  d’engins agricoles. On y retrouve ce qui est si typique du pays, toute l’histoire de la vie paysanne. C’est souvent une image d’une vie exigeante, pour ne pas dire très dure expliquant la mortalité précoce et l’exode vers l’Amérique. Tout ce qu’on retrouve à ce sujet dans la littérature finnoise se manifeste ici en forme tangible et matérielle. Mais ce lieu est aussi le théâtre de l’ingéniosité scandinave et la preuve de la résistance humaine. Très intéressant donc à voir et à contempler.

Mais on va à Seurasaari aussi pour les myrtilles sauvages qu’on trouve en cueillette libre dans les bois de l’île et pour les écureuils semi-apprivoisés qui mangent des noisettes et des arachides de vos mains et parfois même, par mégarde, montent sur vos bras et jambes. Trop mimi. Alors, depuis, qu’on le sait, on voyage toujours en Finlande avec des arachides en coque, plus difficiles à trouver sur place, pour un instant de tête à tête avec ces animaux charmants. Et si les écureuils sont accompagnés de canards col vert ou bernache ou des cygnes, on peut avoir tout un troupeau d’animaux habituellement sauvages qui se pressent à nos pieds. Un genre de zoo sans les limites des cages.

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Jusqu’à Seurasaari depuis le centre- ville et Mannerheimintie on peut se rendre avec le bus n° 23. C’est une opportunité de plus de visiter la ville, cette fois-ci la partie nord-ouest. En arrivant près de Seurasaari le bus s’arrête à deux pas d’un endroit emblématique supplémentaire – Tamminiemi et l’ancienne résidence secondaire du président Urho Kekkonen devenue un musée lui consacré. Président Kekkonen, reconnu pour sa politique de finlandisation est probablement le Finnois le plus populaire en dehors de son pays. Un homme sage et vertueux qui a mené la Finlande vers une autonomie politique et une stabilité dans les relations avec le » grand voisin ».

En traversant le romantique pont en bois sur le détroit de Seurasaari on aperçoit les petites plages bordées de sapins et de bouleaux . Puis on s’enfonce dans la verdure qui cache tous les trésors architecturaux finlandais et même des curiosa comme ce garde-manger tel une maison de sorcière ; sur une patte une petite cabane, modèle réduit d’une maison en rondins. Je vous laisse deviner pourquoi le garde-manger est installé en hauteur sur la patte*.

La balade sur Seurasaari peut durer des heures et si vous n’avez pas pensé à prendre le café et beignet dans le caféteria installé dans une des granges, vous pouvez toujours le faire en quittant le quartier. En face de l’arrêt de bus, dans une ancienne maison bourgeoise au jardin vert et accueillant s’est installé un café-musée bric à braque qui fait tellement penser aux maisons fino-suédoises du 19ème. Evaluez vous-même. L’ambiance détonne avec  la sobriété naturelle bien ancrée. C’est sympa.

Samedi

« Les goûts et les couleurs ne se discutent pas »

‘Le goût est une question personnelle, une question nationale, de famille, d’origine sociale. Un trait qui caractérise, une valeur qui peut facilement entraîner un collage d’une étiquette et démasquer. Le  goût dessine notre caractère, parle de nos besoins, souligne nos manques. Notre façon de l’aborder est loin d’être innocente – « gustativement parlant… ». Le goût nous rattrape là où notre santé se défend. Ou encore il nous joue des tours car sa présence indomptée révèle nos dérèglements (attirance pour ce qui détraque notre santé). Il peut être notre allié comme il peut être notre ennemi car il nous mène en échec.’

Avant de quitter le pays je prévois des courses de cadeaux – souvenirs périssables alors – une tournée dans le K-kauppa (supermarché) le plus proche. Je remplis mon panier de paquets de ‘reikäleipä’ (le pain avec un trou) et de ‘reissumies’ – petit pain finnois à la farine de seigle complète, noire de plus noir, fait sur levain, amélioré avec un soupçon de mélasse. En été l’humour pousse bien – le ‘reissumies’ (l’homme du voyage) et devenu sur certains paquets ‘kalamies’ (le pêcheur) ou ‘kesämies’ (l’homme d’été). Sa couleur change parfois en indiquant des taux de fibres qui dépassent mes meilleures espérances. Ça sent la Finlande et ça la sentira dans ma cuisine. Si j’avais pu j’emporterais aussi du ‘viili’ – ce yaourt crémeux et gluant qui s’étire en longs filaments mais dont la texture rien ne peut dupliquer. Hélas en voyageant par avion difficile de transporter du yaourt.

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La confiture de ‘lakka’ (la framboise jaune de Laponie) était jadis mon ‘must’ pour des souvenirs des voyages en Finlande mais j’aime à présent moins tout ce qui est sucré. En tout cas ‘lakka’ à goûter sur place, fraîche, c’est une expérience car elle n’a rien d’une framboise en fait.

J’emporte aussi un morceau d’emmental finnois parce qu’il est spécial en soi – il s’appelle bien emmental et son goût est classé en trois classes ; doux, moyen, fort. Quelle idée… Mais si – le palais finnois aime ce qui est peu épicé, plutôt fade et extrêmement doux. Les épices les plus fortes utilisées sont le ketchup et la moutarde.

« Toutes les rues que tu as pu arpenter, tous les visages que tu as pu contempler. Tous les lieux que tu as pu aimer. Tous les cœurs que tu as pu briser. Tous les souvenirs. La vie. »

*Réponse : Pour empêcher les ours et les loups de se servir du contenu de garde manger.

Au revoir verte Finlande. A la prochaine !

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