L’argent de Tarnowskie Góry

Dans le bus nous transportant vers Tarnowskie Góry et la mine d’argent je me rappelle soudainement notre visite au Zoo de La Flèche et le spectacle de dressage d’otaries. L’un d’entre eux, un gros mâle, s’appelait Lucky. Sa dresseuse prononçait son nom en français. Je retourne le mot dans ma bouche me rappelant que la prononciation oscillait entre Loky et Luky, comme il se doit pour un nom anglais prononcé par une française. Je médite sur la gentillesse de cet animal dressé et habitué aux humains alors que sauvage il peut être dangereux.
Le bus continue son chemin et quelques arrêts plus loin un groupe d’enfants monte. Un garçon de huit ans environ s’assoit à côté de moi et me salue gentillement de son bonjour. Il entame une conversation et m’explique qu’il vont voir des cheveux. Je m’en renseigne davantage, lui demandant s’il pourra faire du cheval, si on peut les nourrir. Le petit me répond joyeusement et le regardant de biais je m’aperçois qu’il est malvoyant. Ces yeux se promènent dans tous les sens sans être arrêtés par le monde réel autour de nous. Il me dit soudain qu’il a fait déjà du cheval et que le cheval s’appelait Lucky. Ahhhh d’accord…. « Et moi je croyais qu’il s’appelait Rocky » – ajoute-t-il. Il descend me saluant à nouveau, quelques arrêts plus loin, devant un Ranch dédié au Centre d’Aide Sociale.

À Tarnowskie Góry notre bus à son terminus à la gare de chemin de fer. D’ici vers la mine d’argent circulent les bus No 119 et 142. Le problème c’est qu’ils se déplacent avec la fréquence d’un par heure et qu’ils ne sont pas synchronisés avec l’arrivée de notre bus venant de Gliwice. On opte pour un taxi dont le chauffeur partage volontiers quelques infos concernant la ville – 60 000 habitants, jadis important centre  ferrovier avec une école professionnelle. Ville d’histoire et de monuments.
Une fois sur place, dans le bâtiment de la mine on obtient nos billets d’entrée facilement mais le nombre des visiteurs est conséquent. On a donc 35 minutes d’attente qu’on passe en regardant l’exposition des minerais du monde entier rassemblés dans le hall d’accueil.

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Ensuite la visite de la mine se fait à 40m sous la terre après un passage dans des salles du Musée pour l’explication de l’histoire de la mine et des procédés d’extraction. La découverte de la présence du minerais date du 14 eme siècle, le développement de l’extraction du 16 eme siècle et son progrès est emblématique car marque le début de l’industrialisation de la région et la naissance de la Haute Silésie, connue comme une division la plus importante et la plus puissante de l’industrie polonaise. C’est l’extraction du minerais d’argent et du plomb – La galène – modernisée par l’apparition des machines à vapeur en 18ème siècle qui a nécessité l’extraction du charbon, servant de carburant, dans les terrains alentours.

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Munis de casques bien nécessaires pour s’en sortir la tête indemne nous parcourons des couloirs bien étroits et humides vers des chambres creusées en suivant les veines de minerais. On découvre le travail dur des mineurs – 12h sous la terre jour après jours dans la fraîcheur de 10°, l’humidité à 98%, les pieds dans la boue. Aucun animal ne supportant ce régime l’homme a dû donc s’atteler lui même comme force de tir de wagons remplis de la roche précieuse. La durée de vie d’un mineur était de 42 ans environ. Parfois moins. Avec le début du métier à 19 ans.

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Il y a deux semaines à peine la mine d’argent de Tarnowskie Gory a été classée par l’UNESCO comme partie du patrimoine mondial. Les autochtones en sont très heureux, la Société d’Amis de la Terre Tarnogorgoise est très active.
La candidature de la mine polonaise a été appuyée par le fait qu’au 18 siècle les eaux souterraines excédentaires, détournées de la mine par les nouvellement inventées machines à vapeur, ont été utilisées pour la consommation publique. Ainsi la ville en tant qu’une de premières en Europe avait un réseau de conduits d’eau couverts, bien avant Londres ou Paris. Le cas d’utilisation des eaux « industrielles » pour la consommation de la population était aussi unique.
Nous parcourons des couloirs étroits et parfois bas (140cm) passant d’une chambre à l’autre.

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L’humidité est omniprésente. L’eau ruisselle souvent sur les côtés des couloirs, forme des rivières et des canaux. En fin de la visite nous faisons un parcours en barque sur un canal de 270 mètres de longueur.

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Le canal n’a qu’un mètre de profondeur mais on nous promet que l’eau est froide (6°) et pas très propre. Au contraire celle qui tombe du plafond a été filtrée pendant environ 6 mois par la riche de dolomite. Elle est donc pure et bonne pour la consommation.

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Le minerais de galène contient du souffre, du plomb et de l’argent. On peut se demander si les veines d’argent ont été visibles dans la pénombre de la mine éclairée par des lampes à l’huile. Mais l’argent non oxydé brille fort. De retour sur la surface, dans les salles du Musée on observe des exemples d’ustensiles élaborés à partir du plomb et de l’argent . Le deuxième métal était surtout prisé pour son utilisation dans la production des pièces de monnaie. Une utilisation bien motivante qui valait la vie courte à tant de mineurs et la fierté de la région qui continue à se réjouir de sa particularité fêtée tous les ans pendant La Fête des Gwarek.

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