Dolina Chochołowska. Zakopane. Pologne.

Nous sommes à présent 7 et nous avons un chien. Nous voulons toujours randonner en montagne – je parle de notre randonnée précédente ici – mais avec un chien la situation se complique – les toutous n’ont pas droit d’entrée dans le Parc National des Tatras, qui couvre carrément tout le territoire de la montagne. Sauf sur deux sentiers de randonnée. Nous choisissons l’un de deux – Polana Chochołowska- pour destination de notre marche.

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Nous commençons par laisser nos voitures sur un parking à Kiry, proche de Siwa Polana. Depuis celle-ci nous avons une jolie traversée des prés et du bois garni d’un ruisseau. Les conditions de marche sont parfois délicates; les pluies récentes ont changé les chemins en couches de boue. Heureusement que nous avons de bonnes chaussures de randonnée sur pieds !

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Ensuite rapidement, et après avoir laissé notre paiement pour l’entrée au parc, le sentier devient une route goudronnée et change complètement de l’aspect. Seuls avec nous mêmes et la nature dans les bois, nous nous retrouvons ici comme sur une avenue de promenade entre poussettes, vélos tout terrain et d’autres munis de remorque, calèches, piétons de tous âges, et, enfin, un petit train qui transporte les randonneurs fatigués. Sans parler de nos amis canins et leurs propriétaires. Nous sommes sûrs d’avoir bien choisi notre parcours sauf… qu’on est nombreux à vouloir le faire en même temps 😉                Il existe dans les Tatras quelques destinations prisées et plus accessibles, par exemple le lac de Morskie Oko, Dolina Kościeliska, Kasprowy Wierch, dont la Dolina Chochołowska fait partie. Ces lieux sont régulièrement pleins de marcheurs, surtout quand il fait beau comme aujourd’hui.

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Dans la vallée de Chocholowska

Nous continuons donc notre avancée semée d’échanges de courtoisies de notre amie quadrupède et ses semblables, et la vallée est belle, remplie des forêts et des montagnes tantôt escarpées tantôt douces.  Le ruisseau des bois est devenu torrent qui s’exprime parfois avec vacarme et nous invite à prendre des photos pause longue.

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Arrivés au milieu du parcours nous faisons pause pique-nique sur des rondins de bois nombreux ici, attendant le ramassage. Plus haut nous verrons combien les travaux de nettoyage de la forêt des arbres couchés par le vent et par la chenille vorace (probablement) sont nombreux.

La deuxième partie du parcours est plus sauvage et plus variée. Le chemin mène à travers des clairières aux moutons dans de beaux tons verts, monte par moments, s’élargit puis se rétracte à nouveau quand il entre dans la forêt. Quand nous approchons de Polana Chochołowska la vue se dégage sur les sommets environnants et le paysage nous fait un peu penser aux Alpes avec leur pics chancrés et nus ou ceux escarpés et couverts d’herbe mousseuse. L’etendu du lieu emplifie sa quiétude. On ressent la hauteur, la domination de la nature et des éléments, et j’imagine comment l’endroit doit être magnifique le soir sans les touristes (hmmm même si j’en fais bien partie !) quand on peut se relier au profond d’ici et de maintenant.

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Cela me rappelle mes excursions passées en montagne où j’appréciais tant le climat des étendues désertiques silencieuses, balayées par l’air frais. Y être était à la fois un défi d’effort physique de l’arrivée et du maintient dans les conditions hors commun. En face à face avec soi et ses capacités. En test de son mental et de ses croyances.

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Le refuge qui surplombe la clairière sert des repas et des boissons. Nous réparons nos forces autour des boissons chaudes et froides en échangeant sur les possibles pour le chemin de retour. Ceux d’entre nous qui ont trouvé la montée longue et un peu monotone lorgnent vers les calèches. D’autres, requinqués, envisage la descente en trottant ou à la marche.

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Après la visite de la petite chapelle typique, avec l’autel sculpté en bois, nous nous dirigeons vers la seule calèche amarrée en face d’elle. Le vieux montagnard ne nous fait pas de cadeau en répondant à ma question* du prix : »Do ciuchci – stówa » (« Jusqu’au tut-tut – cent balles »). Le tut-tut part de la clairière à mi parcourt alors que nous espérions descendre jusqu’à l’entrée du parc, plus bas. La rhétorique montagnarde sera notre cri de bataille dans la descente nous tirant des rires hilarants. Nous n’abandannons pas le projet du retour raccourci et sur la prochaine clairière je demande au cocher rencontré si le tut-tut s’arrête là. Le nouveau cocher est plus commercial que celui plus haut et nous propose un tarif «par tête » jusqu’en bas  et est même d’accord pour le chien. Nous sommes pliés de rire en essayant de nous tasser dans la calèche – deux sur la banquette frontale avec le charretier et les cinq restants plus le chien – dans le carrosse. Le charretier intone  un chant des montagnes, il tire le fouet et… on roule !

Dépassant fièrement la foule sur la clairière puis les marcheurs solitaires, notre cocher nous chante alors que nous essayons de calmer le chien, étonné du déroulement des choses. Le clic-cloc des sabots du cheval me précipite vers mon enfance, dont les calèches et des charrettes faisaient partie, même si nous n’habtions pas la montagne et c’est alors que le vieillard de montagne me demande mes origines. J’aime beaucoup l’écouter me parler dans son dialecte de Tatras tellement coloré et légèrement humoristique par rapport à la langue officielle. Je m’amuse et j’essaie de lui répondre avec son accent et son vocabulaire car tout d’un coup je sens ma langue maternelle dans ma bouche comme une langue étrangère ☺️

Après cette parenthèse loufoque et bien plus bas dans la vallée nous pouvons reprendre notre parcours forestier et lâcher le chien dans les prairie, pour le remercier de sa bonne conduite en laisse pendant sept heures.

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Nous rentrons le soir les poumons remplis d’air pure, la peau et les cheveux sentant les arômes terpéniques et les jambes raides de fatigue. Mais quelle joie au cœur !

*** Si vous amaiez les voyages à la découverte de l’Europe je vous conseille vivement le blog de Rémy et Elodie qui font le tour d’Europe en camping car et partagent leur visites en photos et en texte. Une jolie brochette d’articles sur les lieux plus ou moins connus – www.elomy.eu.

*Je suis d’origine polonaise et je parle la langue du pays