En guise d’un anniversaire

Cloîtrée dans la chambre de l’hôtel, le matin d’après l’avion, je me demande si je vais  oser d’en sortir. Les machines vrombissent au-dessus de ma tête toutes les quelques minutes. La rue derrière ma fenêtre  dégorge de rickshaws, de klaxons, de piétons en jellabas, en sari, en chemises manches longues par 30° à l’ombre. L’expression d’un mouvement qui cloue mes yeux.  Il y a ceux qui suivent un parcours imaginaire, ceux qui s’arrêtent indécis comme dans une attente, ceux qui déambulent et encore ceux qui vaquent. Il en manque ceux qui pressent le pas.

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Dans le couloir de l’hôtel des voix parlent fort en hindi. Des portes claquent. Séparée de ce monde par une mince planche de la porte, je suis encore entre les deux, dans un passage entre là-bas et ici. Encore remplie de cette traversée rapide, si rapide qu’on a grand mal à réaliser d’être 9000km plus loin de sa tanière, son home, sa terre et ses racines. Je regarde mes affaires apportées d’Europe, mes vêtements d’une occidentale devenus, en espace d’une nuit, obsolètes. Je m’étonne de mon habitude de douches chaudes, soudain si évidente. Je tarde à accepter le drap du lit à peine propre, la housse de couette qui a déjà servi, la serviette délavée. En quelques heures j’ai perdu mon identité, mes origines, ma langue, mon passé. Mais j’ai gagné en blancheur. Des fonds virtuels sont apparus sur mon compte en banque et mes sandales en cuir ont l’air suspectes.

Des fils nus branchent la télé moderne au circuit, la climatisation qui ronfle m’envoie l’air glacial, trop brutal par rapport à la chaleur extérieure.

Et étrangement, de tout cela émerge une sensation paisible de la vie qui suit son chemin, bravement et calmement, coûte que coûte.

Je vais donc sortir. Faire face à la réception qui, la sonorité ambiante jugeant, paraît toute proche. Puis, je trouverai mon chemin vers la rue dans la configuration étrangère et impossible à imaginer. Je m’arrêterai au seuil de l’hôtel, comme d’habitude, pour sentir l’ambiance de la rue, du quartier. En fonction de mon ressenti, je choisirai d’aller à droite, à gauche ou peut être droit devant. Je trouverai un but à  cette promenade. Je me mélangerai doucement aux passants, pour ausculter lentement les environs et me rappeler du chemin de retour. Je m’habituerai aux visages foncés, aux yeux profonds, aux regards francs, présents et sensibles. J’accepterai les yeux fixés sur moi ou mon invisibilité. Je me ferai au statut d’une cliente potentielle, d’une opportunité d’une transaction, que j’éloignerai avec un poli ‘Thank you’’. Je vais reprendre là où j’ai arrêté il y a deux ans.

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